Mar 15, 2014

On se revoit au printemps!

Bonjour!
Un petit mot pout vous annoncer que je prend des vacances, à partir de demain. Je serai de retour sur la blogosphère vers la mi-avril. Même chose si vous avez des questions ou des demandes d'accompagnement, j'y réponderai à mon retour en avril.

À la prochaine!

Mar 9, 2014

Quels sont les risques liés à la césarienne, et quoi faire pour l'éviter?

La césarienne consiste en une chirurgie abdominale majeure dont le but est de faire naître le bébé. Sa fonction principale est de sauver la vie de la mère et du bébé en présence d'une situation d'urgence.

Pourtant, de nos jours, elle est tellement utilisée qu'elle est même considérée par certains comme une façon normale de naître, ou même comme un choix qui s'offre à la maman. Mais cette chirurgie qui peut sauver des vies a aussi ses risques, et comme dans tout, il ne faut pas en abuser.

L'organisation mondiale de la santé stipule que le taux idéal de césariennes dans une population devrait se situer entre 5 et 15%. À ce taux, on sauve des vies. Par contre, lorsque le taux de césarienne dépasse ces chiffres, c'est là que l'on augmente les risques pour les mères et les bébés. Présentement, les taux de césariennes se situent aux alentours de 26% au Canada, et de 33% (allant jusqu'à 40% dans certains hôpitaux) aux États-Unis. Des pays comme la Chine, l'Inde, et le Brésil ont des taux de césarienne de plus en plus inquiétants, allant jusqu'à 80% dans certains hôpitaux privés. Fait intéressant: les pays qui présentent les taux de césarienne les plus bas (entre autres la Suède (16,8%), la Norvège (16,8%), le Pays-Bas (14,8%) et la Finlande(16,1%)), sont des pays où le modèle de soin sage-femme est le plus utilisé...

La césarienne, contrairement à ce que plusieurs peuvent pensenr, n'est pas une opération banale. Elle implique de nombreux risques pour la mère et pour l'enfant. En voici quelques exemples:

Chez la mère:
- Risque d'infections
- Risque d'hémorragie
- Risque de complications pour les grossesses et accouchements suivants
- Risques liés à l'anesthésie
- Récupération généralement plus difficile et plus longue que pour un accouchement naturel
- Augmentation du risque de faire une dépression post-partum
- Risque d'avoir des difficultés d'attachement avec le bébé
- Risque de décès (4x plus élevé que pour les accouchements naturels)
- Augmentation des difficultés d'allaitement (entre autre à cause des anesthésiants qui peuvent rendre le bébé somnolent, et à la séparation de la mère et du bébé qui affectent les hormones liés à l'allaitement)

Chez l'enfant (il s'agit surtout de risques à long terme):
- Risque de complications respiratoires à la naissance
- Risque de subir une lacération de scalpel (1 à 2%)
- Risque de décès à la naissance et dans la première année augmenté comparé aux bébés nés vaginalement
- Risque de développer des allergies, de l'asthme, du diabète et de faire de l'obésité
- Risques de développer des difficultés du système immunitaire

Par contre, malgré tous ces risques, il y a des situations où sans la césarienne, la mère, l'enfant ou les deux y resteraient. Dans ces cas-là, nous somment reconnaissants d'avoir accès à cette possibilité.  Voici les cas où la césarienne est inévitable:
- Complications sévères du placenta, comme un décollement placentaire ou un placenta praevia (lorsque le placenta recouvre le col de l'utérus)
-Mère infectée par le VIH
-Un premier épisode d'herpès à la fin de la grossesse
- Détresse foetale
- Procidence du cordon (lorsque le cordon se présente avant la tête du bébé)
- Complications sévères durant l'accouchement
- Mauvaise présentation du bébé (en transverse, par exemple)

Il existe aussi des situations où la césarienne sera suggérée (et parfois fortement poussée), mais où un accouchement naturel est possible, en présence d'un médecin ou d'une sage-femme expérimenté(e), et en présence de certaines variables favorables. Dans ces cas-là, il en revient à la mère de s'informer et de faire le choix avec lequel elle se sent le plus à l'aise.

- Lorsqu'une femme a déjà subi une césarienne lors d'une grossesse antérieure:
Il est possible d'accoucher vaginalement après avoir eu une césarienne. Il s'agit d'un AVAC (Accouchement Vaginal Après Césarienne). Il y a quelques facteurs de risques qu'il faudra surveiller de plus près durant l'accouchement, et quelques interventions à éviter,  mais, règle générale, il est prouvé que de tenter un AVAC présente moins de risques que de faire une césarienne répétée. D'ailleurs, les sages-femmes du Québec peuvent assister les AVACs, même à l'extérieur de l'hôpital.

- Lorsque le bébé se présente par le siège:
Environ 3 à 5% des bébés à terme se présentent par le siège, c'est-à-dire les fesses ou les pieds en premier. Dans la plupart des hôpitaux, les présentations par le siège signifient une césarienne. Pourtant, lorsque certaines règles sont respectées, et que le bébé se présente correctement (il y a quelques variables à évaluer) accoucher par le siège par voie vaginale est entièrement possible. De plus en plus de médecins se mettent à offrir cette possibilité. Les Sages-femmes du Québec ne font pas les accouchements par le siège, mais cela pourrait changer. Pour en savoir plus sur les accouchements par le siège, vous pouvez lire un article précédent que j'avais écrit sur le sujet ici: L'accouchement naturel par le siège, sous quelles conditions?

-Grossesse Multiple:
Plus il y a de bébés, plus il y a de risques, c'est bien connu. Mais une grossesse multiple ne signifie pas nécessairement une césarienne à tout coup. Lors d'une grossesse multiple, il y aura fort probablement suggestion de programmer une césarienne. Mais l'accouchement naturel est aussi possible, lorsqu'on sait quoi surveiller et que certaines variables sont vérifiées. Pour en savoir plus à ce sujet, je vous réfère à un article précédent que j'avais écrit à propos des naissances multiples: Accoucher naturellement de jumeaux et de triplés, pourquoi pas? 

- Un gros bébé
Une autre raison qui peut amener à opter pour la césarienne, est l'annonce que le bébé est très gros, qu'il pourrait ne pas passer le bassin. Sachez que les évaluations de poids par échographie sont très approximatives, et la marge d'erreur peut aller jusqu'à 5 livres! De plus, le bassin est mobile, et le changement fréquent de position durant l'accouchement et la poussée peut aider un gros bébé à mieux passer. La possibilité d'avoir un gros bébé, même si cela peut faire peur, n'est pas une raison médicale de programmer une césarienne. Et si jamais l'accouchement se termine tout de même en césarienne après avoir tout essayé, le bébé aura pu bénéficier de toutes les hormones de l'accouchement de sa mère, au plus grand bénéfice de la mère et de l'enfant.

Et que dire des grossesses, normales, où tout semble correct? Certaines femmes se retrouvent avec une césarienne alors que tout semblait bien aller. Parfois, certaines interventions, ou certaines façons de procéder peuvent augmenter les risques de développer des complications et de se retrouver en césarienne. Voici quelques trucs pour mettre toutes les chances de votre côté pour éviter la césarienne:

-Ayez une doula à vos côtés. Certaines études démontrent que le support et l'informations amenés par une doula diminue de 50% les risques d'avoir une césarienne.

- Évitez l'induction. Une induction, ou le fait de provoquer l'accouchement artificiellement augmente dramatiquement les interventions, et donc la possibilité que l'accouchement se termine en césarienne. Si vous dépassez votre date, il est possible d'encourager le bébé à sortir par des moyens naturels et non-pharmacologiques. L'induction est vraiment un dernier ressort.

-L'utilisation de l'épidurale, d'ocytocine syntéthique (pitocin, syntocinon),  Cytotec, et la rupture artificielle des membranes sont aussi des interventions qui peuvent mener à des complications nécessitant une césarienne.

- Demander l'écoute intermittente du coeur foetal au doppler ou au foetoscope plutôt que le monitoring en continu. Ce qui pose problème avec le monitoring en continu, c'est que c'est très difficile de comprendre les variations dans le rythme cardiaque du bébé, et ça peut amener à penser qu'il est en détresse alors qu'il ne l'est pas. Le fait d'être en monitoring continu oblige aussi à la mère à rester couchée sur le dos, ce qui rend plus difficile la descente du bébé, peut augmenter la durée du travail, augmenter la douleur, et augmenter les chances d'avoir plus d'interventions (comme une épidurale et de l'ocytocine de synthèse). Depuis l'introduction du monitoring en continu durant les années 1980, tout ce qu'on peut constater c'est une augmentation du nombre de césariennes, mais pas de diminution du taux de mortalité, ni d'amélioration de l'étât des bébés à la naissance.

-D'autres trucs, qui peuvent aider,  en rafale: le changement fréquent de position durant l'accouchement et la poussée, le recours au services d'une sage-femme, créer un environnement où la mère se sent en sécurité, choisir un lieu d'accouchement où le taux de césarienne est bas, choisir un médecin qui connaît bien l'accouchement physiologique et dont le taux de césariennes est bas, avoir suivi des cours prénataux, rester active durant l'accouchement, s'informer sur les droits de la femme qui accouche et sur tous les choix qui s'offrent à vous, etc.

Voilà! J'espère que cet article aura su mettre certaines choses au clair. Il en retourne de chaque future maman de choisir la façon d'accoucher qui lui convient le mieux, en connaissance de cause.

Pour les intéressés, voici un vidéo d'une césarienne où on voit exactement ce qui se passe, de la première incision à la suture (attention, on y voit vraiment TOUTE la chirurgie, âmes sensibles s'abstenir): https://www.youtube.com/watch?v=BgijW3-y8FQ

Si vous voulez en savoir plus sur les enjeux qui entourent la césarienne, je vous invite à lire le livre Césariennes: questions, effets, enjeux,  Alerte face à la banalisation par le Dr. Michel Odent.

Bonne journée!

Sources:
BRABANT, Isabelle, Une naissance heureuse, Fides, Québec,  2013, 576 p. 
BUCKLEY, Sarah J., Gentle Birth, Gentle Mothering: A Doctor's Guide to Natural Childbirth and Gentle Early Parenting Choices, Celestial Arts, United States, 2009, 348 p. 
GASKIN, Ina May, Birth Matters, Seven Stories Press, New York, 2011, 250 p. 
GASKIN, Ina May, Ina May's Guide to Childbirth, Bantam Books, New York, 2003, 348 p. 
GIER, Henci, The Thinking Woman's Guide to a Better Birth, Perigee, New York, 1991, 367 p. 
ODENT, Michel, Césariennes: questions, effets, enjeux Alerte face à la banalisation, Éditions Le souffle d'or, Londres, 2005, 183 p. 
Marshall H. Klaus, John H. Kennell, Phyllis H. Klaus, The Doula Book: How A Trained Labor Companion Can Help YouHave a Shorter, Easier, and Healthier Birth. Perseus Press, 2002, Chapitre V
http://www.cesarine.org/avant/etat_des_lieux.php
http://www.cesareanrates.com/blog/2013/1/8/world-health-organizations-15-percent-cesarean-rate-recommen.html
http://whqlibdoc.who.int/publications/2009/9789241547734_eng.pdf
http://www.who.int/healthsystems/topics/financing/healthreport/30C-sectioncosts.pdf
http://www.cesareanrates.com/blog/2012/12/8/world-cesarean-rates-oecd-countries.html
http://uvahealth.com/Plone/ebsco_images/6875.jpg